Amritapuri, immersion dans un ashram

Vue sur les backwaters depuis l'ashram Amritapuri   © Julies journeys
Vue sur les backwaters depuis l'ashram Amritapuri © Julies journeys

Ils sont Hollandais, Belges, Français ou Américains. Ils résident à l’ashram d’Amma depuis quelques mois, ou reviennent chaque année passer l’hiver depuis 15 ans. Jeunes touchés par la grâce, illuminés de tous poil ou retraités en mal de soleil se retrouvent dans cet immense complexe qui, à s’y méprendre, pourrait passer pour un village de vacances, les chants religieux en sus. Mais regardons de plus près.

L’ascension d’une gourou

Mata Amritanandamayi, dite Amma, est célébrée en Inde pour ses miracles et l’aide qu’elle apporte aux plus démunis, en Inde et partout dans le monde, depuis les années 1980. Après le tsunami de 2004 notamment, elle a offert son épaule pour pleurer à des milliers de victimes qui avaient tout perdu. Cette Mère Teresa indienne est aussi vénérée comme une déesse vivante aussi bien par les Kéralais et de nombreux Indiens que par des milliers d’Occidentaux.

Elle a bâti pour eux en 1981 un ashram magnifique et gigantesque, au milieu d’une forêt de cocotiers, entre l’océan et les backwaters. Ce cadre idyllique, propice au repos et à la méditation, accueille aussi bien des renonçants, que des résidents longue durée et des touristes de passage, plus ou moins intéressés par la spiritualité en Inde. Posters et colifichets à son effigie, prosternation, files d’attente interminables… Amma suscite la dévotion de plus de 2 000 fidèles dans son ashram.

Pujas, prasad, bhajan et seva

À l’image de son gourou, l’ashram est résolument tourné vers les autres, par le biais du seva journalier, un service désintéressé pour la communauté (environnement, nettoyage, restauration, etc.). Les discussions entre les habitants sont encouragées et tout est fait pour que les étrangers se sentent bien (cantine et café internationaux, magasins de souvenirs, Internet, informations sur le voyage, etc.). Les bénéfices reviennent à l’association d’Amma, Embracing the World.

À leur arrivée, les visiteurs sont immédiatement pris en charge, ils signalent leur entrée au registration desk, s’installent dans une chambre partagée, modeste mais suffisante (les couples logent dans un mini studio), et prennent connaissance des règles de l’ashram qui sont grosso modo les mêmes que les règles implicites de toute l’Inde, à savoir ne pas fumer, ne pas boire de boissons alcoolisées et être décemment vêtu. Une visite est organisée à 17 heures tous les jours pour permettre aux nouveaux arrivants de se repérer plus facilement. Pour les novices, l’immensité du lieu est déstabilisante, surtout que tout le monde a l’air de savoir où il va.

Il y a deux temps forts à l’ashram : les pujas (cérémonies d’offrande et d’adoration) et les prasad (dons de petites sucreries qu’Amma fait aux fidèles). Les visiteurs peuvent suivre le programme des résidents à l’année. Leur journée commence à 4 h 50 par l’archana. Cette récitation des 1 000 noms de la Mère est reconduite vers 11 heures. De 6 h 30 à 7 h 30, certains ont l’habitude de méditer sur la plage au lever du soleil. Ils prennent le petit déjeuner et font leur seva. C’est aussi l’heure de l’ouverture des principaux services (bazar, cadeaux, eco center, magasin de musique et de bijoux, épicerie et même piscine, etc.).

Le déjeuner se prend à 13 heures. L’après-midi, les résidents s’adonnent aux mêmes activités. Certains vont à la plage avec les bus locaux. Le lundi et le vendredi à 17 heures, lorsqu’Amma est là, il y a une méditation et un enseignement en sa présence. La journée se termine à 18 h 30 par les bhajans dans le hall, des chants en musique qui transcendent – au sens propre – les participants. Quand la gourou est présente, les activités sont chamboulées les jours de darshans, c’est à dire mercredi, jeudi, samedi et dimanche, à partir de 11 heures. Le mardi (le jour qui reste), elle fait un prasad, c’est-à-dire qu’elle bénit la nourriture après un discours et une méditation dans le temple.

La question de l’argent

En plus des rendez-vous spirituels, des loisirs sont proposés. Certains sont gratuits : piscine (ouverte le matin et l’après-midi à des horaires différents pour les hommes et les femmes – se faire prêter une robe de bain traditionnelle kéralaise) ; documentaires projetés à l’eco center ; cours de yoga offert (puis 100 Rs par séance supplémentaire). De nombreux workshops payants sont proposés chaque jour. Il vaut mieux s’inscrire la veille. L’occasion d’apprendre à lire dans les lignes de la main, de tester le yoga du rire ou de pratiquer la musique indienne traditionnelle.

Il est possible pour les dévots d’acheter un appartement pour environ 20 000 euros. Celui-ci revient à l’ashram à leur mort. Les petites maisons non loin de la plage coûtent 15 000 euros. Pour le quidam lambda, l’hébergement et les trois repas reviennent à 4 euros par personne (environ 280 roupies), mais il est gratuit pour les renonçants qui vivent ici en permanence. Les cellules rondes se louent, elles 500 Rs. Autant dire que l’ashram ne se fait aucun bénéfice sur le dos des fidèles.

Qui sont donc ces dévots vêtus de blanc ?

Les parcours des résidents sont tous différents, mais la plupart des gens semblent charmés par la dévotion religieuse qui règne à l’ashram. L’Anglais qui s’occupe des visites est là depuis 2006, de 3 à 6 mois par an… Je discute avec A., un jeune homme qui a tout lâché pour suivre Amma. Il a été touché dès sa première rencontre, à Toulon, et a changé radicalement de vie ensuite. Pour donner un sens à sa nouvelle spiritualité, il a travaillé dans un premier temps sur le chemin de Compostelle. Avec d’autres Français, en van, il a ensuite suivi Amma dans son tour d’Europe et vient d’achever sa tournée en Inde, comme bénévole. Il lui a fallu économiser environ 1 000 euros pour se payer le voyage… Une femme plus âgée, rencontrée sur la plage, cherchait, elle, un gourou vivant. Ce fut un vrai choc lorsqu’on l’a amenée dans les bras d’Amma alors qu’elle était en larmes et à demi évanouie… Je partage aussi un petit déjeuner avec une Française d’un certain âge qui ne comprend pas ce qu’elle fait là. Elle voulait partir aux Caraïbes avec son mari, mais son fils leur a offert un mois de repos à Amritapuri. Son époux ne veut même plus sortir de la chambre… C’est dire si le fossé est large et il est évident que certaines populations ont du mal, sinon à séjourner ensemble, au moins à communiquer.

Un ashram loin des idées reçues

Dans l’ashram d’Amma, la vie tourne autour d’Amma. Et tout le monde ne parle que d’elle. Elle a souhaité que les Indiens et les Occidentaux vivent ensemble et soient bien lotis. Sa mère âgée y vit encore, dans une petite maison, mais son père est mort. Quelque 32 000 jeunes bénéficient d’une bourse grâce à son association et vont étudier de l’autre côté du pont, dans une immense université. C’est, selon moi, le point le plus intéressant de la démarche d’Amma car elle offre réellement une vie meilleure à des milliers d’étudiants, en plus d’apporter son aide sous forme de missions caritatives.

Quant à l’ashram et aux Occidentaux qui y vivent, c’est une autre affaire. J’ai été, pour ma part, plutôt déroutée par la dévotion à un gourou vivant. Cela s’explique probablement par ma culture judéo-chrétienne où le culte du divin se pratique de manière très différente de l’hindouisme. J’ai également été surprise par la grande agitation qui règne dans le lieu – même si ce n’est rien par rapport à l’Inde d’une manière générale ! Je pense qu’un cadre beaucoup plus austère m’aurait mieux convenu pour une approche de la spiritualité plus introspective. Comment se concentrer sur la méditation quand on rêve d’un burger veg-cheese… ? Comment suivre avec assiduité les chants quand on peut papoter aux cafés avec ses nouvelles copines… ? Le pendant positif de cette grande ouverture sur l’extérieur, est de permettre à toutes et à tous de pénétrer dans l’ashram…

Indépendamment du lieu, je n’ai pas ressenti d’énergie particulière émaner des personnes qui habitent là depuis un moment. Elles ne m’ont pas semblé pleines de compassion, ni d’altruisme, mais davantage tournées vers leur démarche personnelle. Ce n’est, en soit, pas condamnable, mais cela fait partie des choses qui m’ont manqué. J’en déduis que je ne suis pas venue dans cet ashram au bon moment. Elles devaient probablement sentir que je n’étais pas assez réceptive, comme de nombreux autres voyageurs, plus curieux qu’engagés. Enfin, j’avais déjà approché par d’autres biais la spiritualité et je pense que ce n’est pas pour moi… Sauf comme observatrice.

Je vous invite à découvrir cet ashram par vous-même, après vous êtes renseigné et inscrit sur le site officiel Amritapuri.

Si toutefois, vous souhaitiez d’autres informations pratiques, bâtir un projet rédactionnel ou simplement échanger votre point de vue, je vous laisse me contacter par mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>