Soixante-douze heures de défilé au Carnaval d’Oruro

Le Carnaval d'Oruro en Bolivie.
Le Carnaval d'Oruro en Bolivie.

Moins connu que son cousin brésilien de Rio de Janeiro, le carnaval d’Oruro est le plus célèbre de Bolivie. Il se déroule pendant la semaine qui précède le mercredi des cendres. Pendant quatre jours, du 9 au 12 février 2024, des centaines de danseurs superbement déguisés, ont défilé dans toute la ville.

Le jour J. Onze heures. Le défilé a déjà commencé. L’artère principale de la ville minière d’Oruro, habitée la veille par les étals des marchands, est maintenant fermée à la circulation piétonne. Les places sur les gradins sont payantes. Les trottoirs bondés. Les plus chanceux parviennent à se faufiler entre les échafaudages mais la vue n’est pas dégagée. Nous apprenons qu’il est possible d’occuper les places réservées en attendant l’arrivée du propriétaire. Tant mieux !

Trois types de danses pour le Carnaval d’Oruro

Une fois bien installés, nous sommes aux premières loges pour contempler la Diablada, une célèbre danse avec la China Supay, la diablesse, à sa tête. Elle alterne avec deux autres danses : la Morenada, dont les masques des danseurs représentent les Noirs des Yungas et les Caporales, une danse d’influence africaine. Entre deux groupes, une bataille de bombes à eau et de mousse fait rage entre les spectateurs. Tous les coups sont permis.

Incroyable mais vrai, il est déjà 17 heures et le défilé n’en finit pas. Toute la journée, des vendeurs ambulants viennent proposer des plats chauds cuisinés dans la rue ou des glaces. Le soir, le public envahit la fosse. Cette fois-ci, c’est beaucoup plus excitant car nous faisons partie intégrante du défilé. Nous pouvons approcher les danseurs et les musiciens. Sans compter qu’avec nos horribles k-way, nous n’avons plus à craindre les représailles de ceux que nous venons d’arroser.

Comment se rendre au Carnaval d’Oruro ?

Il faut réserver son hôtel plusieurs semaines à l’avance pour participer au Carnaval d’Oruro. Le prix des chambres quadruple et on vous oblige à rester trois nuits la plupart du temps. On peut aussi venir juste pour le week-end et décider de ne pas dormir, ou bien trouver un hébergement de dernière minute. Les habitants d’Oruro laissent des pancartes de location sur le rebord des fenêtres juste avant la fête. Attention à vos affaires si vous avez répondu à l’une de ces annonces. Dans tous les cas, anticipez aussi votre transport en bus local.

Une déambulation alcoolisée toute la nuit pour le Carnaval

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Nous remontons l’artère principale mais le carnaval ne s’arrête jamais ! Le défilé se poursuivra toute la nuit. Pour nous réchauffer – car nous sommes à présent trempés par les bombes et couverts de mousse –, du Cuba libre déjà préparé en bouteille et du Pisco Sour, l’alcool local, chauffé avec du blanc d’œuf. Des dizaines de polladas sont organisées dans un hangar. L’ambiance est très chaleureuse. Tout le monde danse en suivant les fanfares. Les Boliviens sont déjà tous passablement éméchés.

Le défilé rejoint la place principale où nous nous installons une nouvelle fois sur les gradins. On nous annonce alors que le spectacle se terminera à 3 heures du matin sur la petite colline baptisée El Alba. Une fois sur place, on assiste aux fêtes des comparsas, les différentes troupes. Les danseurs arrivent au compte-gouttes pour… entrer dans l’église. Depuis les marches, nous attendons la fin de la procession pour participer nous aussi à ce rituel bolivien. Nous sommes avec trois jeunes d’Oruro qui en savent énormément sur la France. Je suis très impressionnée d’apprendre qu’Audrey Tautou est leur actrice préférée.

Trois jours de festivités non stop à Oruro

Au lever du jour, nous pénétrons dans le sanctuaire de la Virgen del Socavon. Mon ami équatorien, très remonté contre la religion, refuse de se joindre à nous. Pour ma part, c’est l’un des moments les plus incroyables de mon voyage. Je suis entourée de danseurs en costumes, complètement ivres. Certains dorment à même le sol de l’église. D’autres discutent bruyamment ou continuent… de boire ! Sur un mur du bâtiment religieux, il y a même une fresque avec des diables étrangement ressemblant aux masques terrifiants des danseurs de la Diablada.

Le lendemain, nous trouvons une nouvelle fois une place de choix (gratuite) sur les gradins (payants). La journée se déroule plus ou moins comme celle de la vieille, si ce n’est que les danseurs ne portent pas leur masque. En fin d’après-midi, nous descendons dans la fosse pour suivre une nouvelle fois le défilé sur une partie du parcours total de six kilomètres. La fête bat son plein. Seulement cette fois, nous savons à quoi nous attendre. L’effet de surprise du carnaval interminable et de l’arrivée dans l’église ne prend plus…

Victoire de l’archange sur le diable

Troisième et dernier jour de festivités, le lundi est consacré à des démonstrations des bandas sur la place principale d’Oruro, une ville minière qui ne connaît guère d’agitation le reste de l’année. Il est facile de rencontrer les danseurs. Certains se prêtent au jeu d’une séance photo ou laissent essayer leurs masques, affreusement lourds. 

A la fin de la parade, place Socavon, l’archange Saint-Michel l’emporte métaphoriquement sur le diable, durant une courte pièce de théâtre autour des sept péchés capitaux. Nous avons assisté au carnaval de A à Z. C’est l’heure pour nous de quitter la ville, en espérant qu’il y ait une place dans le bus pour Cochabamba !

La guerre de l'eau à Cochabamba

A Cochabamba, les familles organisent des barbecues au cours desquels l’objectif est de… mouiller les passants. Une bataille d’eau géante éclate tout à coup dans les rues. Encore une fois, tous les coups sont permis. Les mamies jettent leur seau d’eau par la fenêtre, les parents aident les enfants à immobiliser les passants pour les tremper, les adolescents louent des pick-up pour asperger sans danger de représailles les piétons. Petits et grands, avec des ballons ou des pistolets, depuis les tiendas ou le toit des immeubles : nous assistons à une gigantesque effusion de joie collective. Même les pompiers sortent la lance à incendie pour se joindre à la bataille !

Et vous, quel est votre Carnaval préféré ?

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